GERMAINE KANOVA – CONFERENCE du 05 novembre 2025 à la Mairie de Lyon 6ème

Comment la photographe Karine Bourgain a retrouvé l'oeuvre photographique de Germaine Kanova.

Discours d’introduction de la conférence.

Je vous remercie tous d’être là pour écouter l’histoire que je vais vous conter.

Je vais d’abord me présenter pour vous expliquer ce qui m’amène aujourd’hui à vous parler de la photographe Germaine Kanova.

C’est pour moi important de le faire cette année car il s’agit des 80 ans de la libération et des 50 ans de la disparition de Germaine.

Je remercie infiniment Monsieur Hervé Brun élu de la mairie de Lyon 6ème (Commerce, artisanat, devoir de mémoire et cultes) de me donner l’occasion de le faire ce soir devant vous.

Je suis photographe professionnelle et c’est à Germaine que je le dois.

 Je devais avoir 8 ans lors de ma première rencontre avec le travail photographique de Germaine.

Après le divorce mouvementé de mes parents, ma mère avait gardé des relations d’amitié avec mamie  Françoise, sa belle-mère, et elle avait aussi conservé quelques portraits oubliés par mon père qui entretenait des relations conflictuelles avec sa mère. Je me revois assise en tailleur devant le buffet à regarder longuement ces portraits qui me fascinaient.

Portrait de Françoise Osstyn par la photographe Germaine Kanova
Portrait noir et blanc. Photo de profil de Francoise Osstyn -Photographe Germaine Kanova

Ma mère et mamie Françoise s’entendaient très bien. Ma mère était professeur de lettres et de dessin au collègue d’Ecully (69). Elle était également peintre. Ma mère fréquentait les artistes lyonnais. Elle m’avait emmené chez Jean Couty par exemple et avait pour excellente amie Dominique Turc, la femme du peintre Henri Ughetto qui tenait une boutique de peintures à la Cité de Antiquaire boulevard Stalingrad. Naviguer toute jeune au milieu de ces artistes, dont les œuvres étaient composées d’épluchures ou de gouttes de sang, c’était tout de même  assez surréaliste.

L’esthétisme avait une grande importance dans leur vie respectives et mamies Françoise avaient les moyens de ses goûts. Mamie Françoise habitait aussi Ecully.

Elle s’était donc fait portraiturer au Studio Harcourt à Paris et au Studio Kanova à Londres. Londres, rien d’étonnant pour moi puisque le premier mari de mamie Françoise, mon grand-père, y avait rejoint de Gaulle, s’était enrôlé dans la RAF en tant que pilote sur bombardier Hallifax et, depuis la base d’Elvington, il s’employait à pilonner l’Allemagne nazie. Mais ça c’est une autre histoire.

Portrait de Françoise Osstyn par la photographe Germaine Kanova

Dédicace de Papy Louis à mon fils Grégoire :

 

A mon arrière-petit-fils Grégoire, pour qu’il apprenne quand il sera grand, le prix qu’il faut savoir payer pour la liberté.

Avec toute mon affection.

Le 24 Novembre 1991.

Louis Bourgain

C’était donc les portraits de Kanova à Londres que je trouvais les plus beaux.

Lorsque j’ai quitté le domicile de ma mère pour m’installer chez moi,  j’ai emporté les portraits. J’ai commencé à chercher Germaine activement. Je me suis demandé où avait bien pu passer cette immense photographe. Malheureusement Google n’existait pas encore.

C’est bien plus tard, que mon ami Google m’a déniché un portrait d’Irène Vanbrugh, comédienne célèbre en Angleterre, qui a fait une carrière de 50 ans. Le portrait est exposé au National Portrait Gallery de Londres.

Portrait d'Irene-Vanbrugh-as-Catherine-of-Braganza - Photographe Germaine Kanova

Mais rien d’autre. Comment était-ce possible qu’une photographe avec un tel talent ne laisse pas plus de traces ?

J’ai mis une alerte sur Google en me disant que si apparaissait le nom de Germaine quelque part j’en serai avertie.

Surprise 23 févrrier 2015. Une publication du service cinématographique de l’armée (SCA), indique que Germaine Kanova est franco-tchèque et qu’elle s’est engagée le 22 novembre 1944 en tant que correspondante de guerre au sein du SCA. Qu’elle suit les opérations de libération en Alsace, puis en Allemagne, puis la libération du camp de concentration de Vaihingen en avril 1945, événement qui l’a profondément impressionnée :

« Il meurt encore à peu près de quatre à huit hommes par jour, ils ne sont pas transportables. C’est horrible, innommable »  écrit-elle à la fin de son reportage.

 Je lis aussi :

Ces photographies, empreintes de réalisme et d’humanisme, font partie des toutes premières à avoir touché et indigné le public français. Avant de quitter le SCA, le 8 septembre 1945, elle se voit attribuer la Croix de guerre avec étoile de bronze pour son courage :

« A participé aux opérations en Allemagne auprès du 2e bataillon de zouaves portés. […] Le 26 avril à Futzen, elle n’a pas hésité à venir jusqu’aux éléments engagés en premier échelon dans un combat très difficile et meurtrier pour y accomplir crânement sa mission. Par son courage et son sang-froid, a réussi à obtenir des documents cinématographiques d’un intérêt exceptionnel ».

 Evidemment, cela ne colle pas du tout avec l’image que je me faisais d’une photographe mondaine.

 

Je cherche Germaine de plus belle, dans le monde entier, aux États-Unis, dans les pays de l’Est, un peu partout. J’ai suivi de multiples pistes qui ne m’ont mené nulle part.

Je ne trouve pas grand-chose hormis deux-trois photos de Jean Seberg lors du film Bonjour tristesse, adaptation du livre de Françoise Sagan.

 

Photo de Jean Seberg sur le film BONJOUR TRISTESSE d'Otto Preminger - Photographe Germaine Kanova. Photographie en noir et blanc
Photo de Jean Seberg sur le film BONJOUR TRISTESSE d'Otto Preminger - Photographe Germaine Kanova. Photographie en noir et blanc

Le film est tourné en 1957 au Lavandou, dans la propriété de ses amis Hélène et Pierre Lazareff, (Hélène est la fondatrice et directrice du magazine ELLE, Pierre le fondateur de FRANCE SOIR).

 Photographe de studio, photographe de guerre, photographe de plateau de cinéma. Mais toujours pas de trace de date de naissance ni de date de décès. Je suis face à une énigme. Où est passé Germaine ?

 Cette femme m’obsède. Maintenant que je sais les épreuves qu’elle a traversées, je veux juste savoir si finalement elle a eu une vie heureuse, si elle a eu des enfants et ce qu’elle est devenue.

J’essaie de me mettre dans sa tête et j’imagine qu’elle a probablement arrêté la photographie après toutes les horreurs qu’elle a pu voir.

 La photographie prend une place de plus en plus importante dans ma vie. Je me forme en dehors de mes horaires de travail de façon acharnée, bien souvent la nuit. Et je fais des stages auprès des plus grands, y compris au Studio Harcourt. 

 

Je me dis alors que si moi je ne trouve pas Germaine je vais faire en sorte que Germaine, ou  plutôt sa famille, me trouve.

 Le 15 juin 2020 (ça faisait déjà 5 ans depuis la publication de l’armée)  je décide d’appeler mon studio, STUDIO KANOVA, comme celui de Germaine et de publier sur ma page professionnelle facebook un poste qui demande où est passé l’immense photographe londonienne Germaine Kanova.

 Le 25 décembre 2023 (3 ans depuis mon post facebook)  je reçois un message d’une canadienne qui s’appelle Sharon Gubbay Helfer. Sous le portrait de ma grand-mère qui accompagne mon post, elle écrit : « J’adore ce portrait ! J’adore vos questions ! J’écris un livre sur Germaine, qui a enseigné la photographie de portraits à ma mère à Londres entre les deux guerres. Merci de m’écrire. »

Je lui réponds immédiatement. Super cadeau de Noël.

 Nous commençons à échanger et dans l’un de mes mails je lui indique le nom de ma grand-mère, Françoise Osstyn.

Je reçois un retour de mail avec un wow ! ainsi que l’extrait d’acte de naissance de Germaine.

J’apprends que Germaine Kanova est un nom de scène. Germaine s’appelle Germaine Kahn. K A H N, le nom de son époux. Elle avait donc ajouté « ova » à son nom, comme cela est l’usage pour les noms de famille slaves, pour les femmes.

Mais son nom de jeune fille est Germaine Sophie Osstyn. Moi qui cherchais la famille de Germaine, j’apprends alors que je fais partie de sa famille.

Je vous laisse imaginer ma stupéfaction, après tout de même 3 décennies de recherches. Je venais de découvrir que la famille de Germaine que je recherchais, c’était en fait la mienne.

 

Sharon est venue en juin chez moi et nous avons passé plusieurs jours à parler de Germaine. Nous avons décidé d’appeler des numéros de téléphones fixes que l’armée avait donnés à Sharon. Sans grande conviction car plus personne n’utilise de fixe. Le premier numéro n’a pas répondu le 2ème numéro non plus mais il y avait une messagerie et Sharon a commencé à laisser un message mais ça a coupé. Nous avons décidé de rappeler de nouveau et surprise une voix féminine a répondu. Sharon a commencé à expliquer le motif de notre appel et la voix féminine a dit « je vous passe mon mari ». Ce jour-là, j’ai appris l’existence de mon cousin Guy, qui est également le filleul de Germaine. 

 

Nous discutons un petit moment et Guy nous apprend qu’il a conservé des photographies de Germaine. Rendez-vous est pris pour se rencontrer et découvrir les fameuses photos. Sharon repart à Montréal et revient en août.

Ce que nous avons découvert ce jour-là dépasse tout ce que j’aurais pu imaginer. Nous découvrons un trésor photographique et historique exceptionnel.

Des photographies et des négatifs par milliers. Chaque pochette, chaque enveloppe, chaque carton ouvert révèle des trésors photographiques absolument incroyables.

Nous ne sommes qu’au début de l’exploration et j’ai hâte de découvrir le reste.

Guy et son épouse Martine ont fait le déplacement aujourd’hui pour être présents ce soir parmi nous. C’est une très grande joie pour moi, évidemment.

 Ce que je vais vous présenter représente une goutte d’eau, mais ce sont déjà des documents exceptionnels. 

 

Germaine n’est donc pas franco-tchèque, c’est son époux qui était tchèque. Elle est née le 31 aout 1902 à Boulogne sur Mer dans une famille franco-belge. Elle avait la double nationalité Anglaise et Française mais finalement elle choisira la France.

Le père de Germaine Jules Emile Osstyn était Boulanger, et sa Mère Céline Sergeant sans profession. Ils avaient 12 ans d’écart.

Famille Osstyn - Germaine Kanova en bas au centre Photo d'une famille de 9 personnes. Photo ancienne noir et blanc

Germaine est la petite fille en bas, au centre de la photo.

Germaine s’est mariée une première fois à 18 ans, le 22 juillet 1920 avec Josuah Frame, un journaliste écossais. Il l’emmène en Ecosse. Je vais faire une impasse monumentale sur cet épisode fâcheux. C’était un sale type, violent.

Une légende familiale raconte que Germaine s’est finalement échappée en accrochant un drap à une gouttière pour descendre le long de la façade. Elle demande, en France, le divorce pour faute, l’écossais conteste.

 

8 ans après, changement de destin. Germaine se remarie le 20 décembre 1928 avec Otta Kahn, tchèque, juif, et importateur de cristal de bohème. Et il est terriblement séduisant.

Otta Kahn - Mari de la photographe Germaine Kanova - Portrait noir et blanc - Photographe Trude Fleichmann

Portrait de Otta Kahn, mari de la photographe Germaine Kanova. Photographie de Trude Fleichman

Otta, est un fameux photographe. Je pense que c’est lui qui initie Germaine à la photographie. Les archives d’Otta sont conservées à Toronto et l’on y trouve des portraits qu’il a réalisés, et qui sont très bons.

Portrait réalisé par Otta Kahn, mari de la photographe Germaine Kanova. Portrait noir et blanc d'une femme qui fume. Ombre portée du profil de la femme sur le fond dans un cercle blanc.

Avec lui elle a une jolie vie. Ils voyagent beaucoup. Les photographies la montre heureuse.

Ils ne divorceront jamais malgré le fait qu’Otta parte s’installer au Canada et que Germaine quitte une nouvelle fois Londres pour s’installer à Paris. 

Suivent 3 années à Saint Sauveur en Puisaye, le village de Colette, où elle ouvre un Bar Tabac qui fait également salle de cinéma certains jours et salle de bal d’autres jours.

Pourquoi Saint sauveur ? Aucune idée, cela fait partie des sujets pour lesquels je n’ai pas encore trouvé de réponse.

Elle quitte Saint Sauveur pour la côte d’azur. Il semblerait qu’elle arrête complètement la photo car pour le moment je n’ai rien trouvé.

Nous savons également qu’Otta et Germaine se verront toujours de façon épisodique. Il se disait qu’ils s’entendaient très bien mais qu’il leur fallait un océan entre eux. Nous savons qu’il l’aidait toujours financièrement.

En 1975, elle était malade et ne voulait pas mourir à l’hôpital.

Elle a demandé à être ramenée chez elle. Elle a réclamé son verre de whisky et une cigarette et s’est éteinte.

Guy et sa maman Michèle étaient auprès d’elle.

LES 6 VIES DE GERMAINE KANOVA

  • PHOTOGRAPHE DE STUDIO
  • PHOTOGRAPHE OFFICIELLE DE LA FRANCE LIBRE A LONDRES
  • PHOTOGRAPHE AVEC LES MAQUISARDS
  • PHOTOGRAPHE AU SERVICE CINEMATOGRAPHIQUE DES ARMEES
  • PHOTOGRAPHE POUR L’UNRRA
  • PHOTOGRAPHE DE PLATEAU

Avant son travail pour le service cinématographique des armées, la photographe Germaine Kanova sera aux côtés des maquisards. De retour à Paris, elle écrit une lettre à son amie Jeanne où elle raconte ce qu’elle y a vécu. Ces photographies la montrent au cœur des combats.

Si vous êtes intéressé par la vie et l’oeuvre de Germaine vous pouvez suivre sa page facebook pour être informé de ses actualités. Vous pouvez également m’envoyer par mail vos coordonnées afin d’être averti des dates des livres à paraître.

Je vous remercie de votre attention.

Couverture provisoire du livre "Germaine Kanova : photographe de guerre"

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Éditeur ‏ : ‎ ECPAD

« C’est véritablement utile puisque c’est joli. » Antoine de Saint-Exupéry